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Sixième extinction : le déclin des vertébrés terrestres s’accélère selon une étude

Sixième extinction : le déclin des vertébrés terrestres s’accélère selon une étude

Une nouvelle analyse menée sur les espèces menacées à travers le monde suggère que la sixième extinction de masse des animaux s’accélère. Selon ses résultats, pas moins de 500 espèces de vertébrés pourraient disparaître dans les vingt prochaines années.

C’était il y a cinq ans. En 2015, des scientifiques américains publiaient une étude affirmant que la biodiversité mondiale était entrée dans un phénomène d’extinction de masse, le sixième de l’histoire terrestre. En menant leur analyse, ils sont arrivés à la conclusion que le taux de disparition des espèces était aujourd’hui 100 fois supérieur au taux normalement observé par le passé entre les phases d’extinction.

Ces estimations révèlent une perte exceptionnellement rapide de biodiversité au cours des derniers siècles, indiquant qu’une sixième extinction est déjà en cours“, ont écrit les chercheurs dans leur rapport. Cinq ans plus tard, cette même équipe publie une nouvelle étude dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et les nouvelles ne sont pas meilleures.

D’après cette analyse, le taux de disparition des espèces serait encore supérieur à celui précédemment estimé, suggérant une accélération de cette sixième extinction. Des centaines d’espèces pourraient ainsi disparaître au cours des deux prochaines décennies, poussées au déclin par les activités humaines, explique l’étude.

515 vertébrés au bord de l’extinction

Pour en arriver à cette conclusion, les scientifiques ont examiné des données portant sur quelque 29.400 espèces de vertébrés terrestres à travers le monde. Ils ont ensuite concentré leurs efforts sur les espèces en danger dont ils ont étudié l’abondance et la distribution. A terme, ils ont constaté que pas moins de 515 d’entre elles – soit 1,7% des espèces étudiées -, sont au bord de l’extinction, avec une population de moins de 1.000 individus et une perte de la majeure partie de leur répartition géographique.

Pour la moitié des espèces, les effectifs tombent même à moins de 250 individus. C’est notamment le cas du rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis) et de la tortue géante de l’île d’Española (Chelonoidis hoodensis). D’après l’étude, la majorité de ces vertébrés – mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens – menacés sont concentrés dans les régions sub-tropicales et tropicales qui sont les plus affectées par la pression des activités humaines.

Les estimations des chercheurs avancent que plus de 237.000 populations de ces 515 espèces auraient disparu depuis 1900. Elles indiquent également qu’au moins 543 espèces de vertébrés se seraient éteints au cours du XXe siècle. Et la tendance est loin de s’inverser. Au cours des deux prochaines décennies, ce sont ainsi autant d’espèces qui pourraient disparaître.

Supposons, comme hypothèse, que toutes les espèces qui sont au bord de l’extinction disparaissent d’ici 2050. Alors la somme des 543 déjà éteintes et de celles supposées disparaître atteindraient 1.058 vertébrés“, écrivent les auteurs dans leur rapport. Une perte considérable qui pourrait être aggravée par un dramatique effet domino, alertent-ils.

Une cascade de conséquences

Lorsque des animaux disparaissent, ils ne peuvent en effet plus remplir leur fonction dans leur écosystème. Ce dernier peut alors se retrouver déstabilisé et connaître une cascade de conséquences. Or, dans leur étude, les chercheurs ont constaté que la grande majorité (84%) des populations comptant moins de 5.000 individus se trouvent dans les mêmes zones géographiques que celles au bord de l’extinction.

La disparition de ces dernières pourrait ainsi pousser les autres espèces à décliner de la même façon. En guise d’exemple, l’étude cite le cas de la chasse excessive des loutres de mer en mer de Béring dans les années 1700. Leur déclin aurait provoqué une prolifération de leurs proies principales, les oursins, qui aurait elle-même engendré une disparition des algues dont ils se nourrissent.

A terme, cette cascade d’effets aurait favorisé l’extinction de la rhytine de Steller (Hydrodamalis gigas), une espèce de la même famille que le dugong qui se nourrissait elle aussi d’algues. “L’extinction engendre l’extinction“, expliquent les scientifiques soulignant que contrairement à d’autres problèmes environnementaux, l’extinction est un phénomène irréversible.

Et ce phénomène impacte aussi les populations humaines, comme le montre aujourd’hui la crise sanitaire du Covid-19. “En exterminant les populations et les espèces d’autres créatures, l’humanité scie la branche sur laquelle elle est assise. Nous détruisons les parties fonctionnelles de notre propre système vital“, avertit dans un communiqué le professeur Paul Ehrlich, biologiste de l’université de Stanford et co-auteur de l’étude.

La conservation des espèces, une urgence mondiale

Plus que de simples constats et projections, c’est ainsi un nouvel appel à réagir que les scientifiques publient. “La conservation des espèces menacées devrait devenir une urgence nationale et mondiale pour les gouvernement et les institutions, au même titre que le dérèglement climatique auquel elle est liée“, poursuit le Pr. Ehrlich.

En ce sens, le spécialiste et ses collègues encouragent à considérer toutes les populations de moins de 5.000 individus comme en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Mais ils appellent également à réagir contre les activités humaines qui alimentent directement le déclin des espèces, comme la perte de l’habitat et le commerce de faune sauvage mis en cause aujourd’hui par la crise du Covid-19.

Ce que nous allons faire pour affronter la crise d’extinction actuelle au cours des deux prochaines décennies va définir le destin de millions d’espèces“, souligne Gerardo Ceballos, chercheur à l’université nationale autonome du Mexique et principal auteur de l’étude. “Nous faisons aujourd’hui face à notre dernière chance de nous assurer que les nombreux services que nous rend la nature ne soient pas sabotés de façon irréversible“.

D’après l’équipe, les résultats de cette nouvelle étude pourrait aider les efforts de conservation en mettant en lumière les espèces et les zones géographiques qui requièrent l’attention et les actions les plus urgentes.

Geo

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