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Des criquets aux cyclones : le coût humain des catastrophes

Des criquets aux cyclones : le coût humain des catastrophes

De nombreux événements environnementaux extrêmes ont un effet dévastateur sur la vie des gens. Un nouveau rapport des Nations Unies révèle que beaucoup d’entre eux sont liés par les mêmes causes sous-jacentes.

L’énorme essaim de criquets qui a frappé la Corne de l’Afrique au printemps 2020 et le cyclone Amphan, qui a frappé la région frontalière de l’Inde et du Bangladesh en mai de la même année, ne semblent pas, à première vue, être liés. Mais un rapport publié récemment par l’Université des Nations Unies (UNU), le département universitaire et de recherche de l’ONU, montre que les causes sous-jacentes sont liées : les émissions de gaz à effet de serre dues à l’activité humaine, qui affectent l’environnement de manière imprévisible, et une gestion insuffisante des risques de catastrophes.

Les deux catastrophes ont eu lieu en 2020, alors que le monde était en proie à la pandémie de Covid-19, ce qui a eu pour effet de réduire l’efficacité de la réponse aux deux catastrophes, les déplacements étant limités tant pour les humanitaires que pour les victimes, qui se sont également retrouvées plus vulnérables financièrement.

Deux des personnes directement touchées ont partagé leur histoire avec ONU Info : Susan Mumbi Karanja, une agricultrice du comté de Nyandarua, au Kenya, et Sudhansu Shekhar Maity, qui vend des articles de papeterie dans la ville indienne de Kolkata.

Survivre à un essaim de proportion biblique

« Je m’appelle Susan Mumbi Karanja. Je vis dans un village appelé Karima, dans le comté de Nyandarua. Je suis agricultrice et j’ai six enfants.

Lorsque les criquets sont arrivés en mars 2020, nous les avons vus arriver des collines. Il y en avait tellement. Ils ont attaqué toute la nourriture : les choux, les carottes, les pommes de terre, tout ce qui se trouvait dans la ferme. Quand ils sont arrivés, on ne pouvait même pas voir le soleil. Il faisait nuit. Vous ne pouviez pas aller travailler, les vaches ne pouvaient même pas manger.

Nous avions entendu parler de l’essaim à la télé, mais nous ne pensions pas qu’il nous atteindrait. Quand il est arrivé, le gouvernement a envoyé des gens ici, et ils ont pulvérisé des produits chimiques sur les criquets, même là où il y avait de la nourriture.

Nous avons vu que lorsque les produits chimiques étaient pulvérisés, certains criquets mouraient et d’autres dormaient et attendaient que le soleil se lève. Ils ont mangé une grande partie de la nourriture, qui a également été détruite par les produits chimiques.

Lorsque l’essaim est parti, il n’y avait plus de nourriture à manger, ni à vendre. Les vaches ne produisaient pas de lait car elles n’avaient rien à manger : les criquets étaient partout, même dans l’herbe. Nous ne pouvions même pas manger les criquets, car ils avaient été pulvérisés avec des produits chimiques.

La seule chose que l’on pouvait faire était de trouver d’où venaient les criquets, afin de les contenir ou de les brûler. Pendant l’essaimage, ils ont même envoyé un hélicoptère pour s’en débarrasser, mais il a échoué et est parti.

Nous nous demandons ce que nous pouvons faire. Il ne peut pas y avoir de planification à cause de la menace des criquets ; seul le gouvernement peut aider ».

Un rescapé du cyclone Amphan : « On aurait dit un bombardement »

« Je m’appelle Sudhansu Shekhar Maity, et je suis originaire du village de Ramganga, dans le Bengale occidental.

En raison de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement qui ont suivi, j’ai dû quitter mon travail à Kolkata en mars 2020 et retourner dans mon village, où je suis resté pendant six mois.

D’après les informations de différents médias, il y avait un sentiment de terreur concernant la propagation du virus, et nous avions peur de sortir.

Évidemment, j’ai été confronté à une crise financière majeure. Si nous restons à la maison jour après jour, ne pouvant pas aller travailler, comment allons-nous générer des revenus ?

Pendant le cyclone Amphan, nous pouvions clairement voir la mer depuis ma maison. L’eau qui frappait les digues était horrible, avec des vagues de 20 à 25 pieds.

Dès que le cyclone a commencé à se rapprocher, nous avons pu entendre le bruit inquiétant du vent violent qui frappait les fenêtres. On aurait dit un bombardement. La rivière a commencé à déborder et l’eau à pénétrer dans le village.

Les gens ont commencé à courir, avec leur bétail, comme les vaches, les buffles et les chèvres, pour se sauver. La plupart des gens se sont réfugiés dans des hôtels.

Lorsque le cyclone est passé, je suis sorti de ma maison et tout ce que je pouvais voir, c’était de l’eau : la plupart des maisons étaient sous l’eau et les maisons construites en terre s’étaient désintégrées.

Les étangs sont la source d’eau la plus fiable dans les villages, nous élevons du poisson dans ces étangs, ce qui est suffisant pour notre consommation annuelle. À cause des inondations, les étangs ont été remplis d’eau salée, et tous les poissons sont morts.

Toutes les cultures ont été détruites à cause du cyclone et des inondations. Les cultivateurs de feuilles de bétel ont connu les pires moments à cause du cyclone car ils les cultivaient sur les toits de boue cuite de leurs maisons, qui ont toutes été détruites.

Juste après le cyclone, la première chose à laquelle je pensais était la nourriture et l’eau potable. Et comment allons-nous vivre notre vie ? Tous nos étangs et nos terres ont été détruits. Pas de légumes et d’épicerie, pas de connectivité, pas d’électricité, toutes les routes étaient bloquées et il n’y avait aucun accès aux centres de soins les plus proches. Avec la pénurie d’eau potable, nous devions faire une longue queue pour obtenir l’eau du puits : il y a un puits pour environ 50-60 familles.

Nous avons connu des moments très difficiles et mes économies ont été dépensées pendant le confinement. J’essaie encore de me remettre de cette situation. Environ 12.000 familles vivent dans notre village et la plupart d’entre elles ont souffert ».

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