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L’urgence de préserver le sable, ressource la plus utilisée au monde après l’eau

L’urgence de préserver le sable, ressource la plus utilisée au monde après l’eau

Avec 50 milliards de tonnes utilisées chaque année, le sable et le gravier constituent la deuxième ressource la plus utilisée au monde après l’eau. Un nouveau rapport de l’ONU appelle à en “repenser” l’extraction et l’utilisation.

Quel est le point commun entre le béton, l’asphalte et le verre ? Ces trois matériaux – indispensables pour la construction d’infrastructures telles que les logements, les routes ou encore les hôpitaux – sont tous issus du sable. Une précieuse ressource, définie comme un minéral “non-cohésif” (qui ne se tient pas lorsqu’il est mouillé) et dont la moitié du poids se compose de grains de taille inférieure à 4,75 mm. Si les pays du monde en consomment quelque 50 milliards de tonnes chaque année, son extraction n’est pourtant pas sans conséquence sur les écosystèmes.

Tel est l’avertissement lancé dans le rapport “Sable et durabilité : 10 recommandations stratégiques pour éviter une crise“, publié le mercredi 27 avril par l’équipe GRID-Genève du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Un travail qui s’appuie sur les recommandations des experts mondiaux sur ce sujet, recueillies par le biais d’entretiens, de tables rondes et de la contribution directe de plus d’une vingtaine d’auteurs principaux.

Pour atteindre le développement durable, il faut changer radicalement notre façon de produire, de construire et de consommer des produits, des infrastructures et des services. Nos ressources en sable ne sont pas infinies, et il faut les utiliser à bon escient“, a souligné Pascal Peduzzi, Directeur de GRID-Genève au PNUE, cité dans un communiqué. Utilisé plus rapidement qu’il ne peut être reconstitué naturellement, le sable est une ressource non-renouvelable (John 2009 ; Hackney et al. 2021, cités dans le rapport). D’où un risque de pénurie à court ou moyen-terme.

Rôle crucial du sable dans les écosystèmes

Le sable est extrait dans la nature par dragage, à partir de deux types de sources : celles dites “inactives” (carrières, roches broyées), et celles dites “actives” (rivières, deltas, estuaires, plages et déserts – ces derniers restant toutefois relativement peu exploités, leurs grains étant trop ronds – car polis par le vent – pour produire du béton). L’exploitation des sources “actives” serait la plus problématique d’un point de vue écologique, puisque le sable joue un rôle crucial dans les écosystèmes. Il fournit en effet des habitats et des lieux de reproduction à la biodiversité animale et végétale – notamment aux plantes marines, qui captent le CO2 et filtrent l’eau.

L’extraction du sable dans les zones marines et côtières peut, en outre, provoquer l’érosion du littoral et la perte de protection contre les tempêtes et la montée des eaux – des phénomènes aggravés par le changement climatique, soulignent les experts de l’ONU. C’est aussi l’une des causes de la dégradation des terres, via la perte de fertilité des sols. Autant de conséquences mettant en péril les moyens de subsistance des populations humaines : l’approvisionnement en eau, la production alimentaire, la pêche, ou encore, l’industrie du tourisme.

L’extraction du sable pose par ailleurs des enjeux sociaux et géopolitiques majeurs. “La demande en sable au Maroc a provoqué le développement de filières illégales d’extraction du sable (tenues par de véritables ‘mafias du sable’, NDLR) sur le littoral, et l’extension de Singapour, essentiellement sur des remblais maritimes, est à l’origine de tensions avec les pays voisins. En Inde, l’exploitation du sable pour ses minéraux est aussi entachée d’illégalité et de corruption“, expliquait Nicolas Bernon, ingénieur “risques naturels et littoral” au Bureau de recherches géologiques et minières, dans The Conversation (2019).

Interdire l’extraction de sable sur les plages

Parmi les pistes proposées par les experts de l’ONU, figure l’idée d’élaborer une “norme internationale” sur la façon d’extraire le sable du milieu marin, étant donné que la plupart des travaux de dragage en mer s’effectuent dans le cadre d’appels d’offres publics ouverts aux entreprises internationales. Et ce, en impliquant l’ensemble des parties prenantes : gouvernements, industriels et consommateurs. Autre proposition : celle de fixer le prix du sable en tenant compte de sa véritable “valeur sociale et environnementale“.

Le rapport recommande également l’interdiction pure et simple de l’extraction du sable des plages, en raison de son importance pour la résilience des côtes, l’environnement et l’économie. Plutôt que d’exploiter le littoral, les auteurs prônent au contraire la mise en place d’une “économie circulaire du sable”, avec notamment l’interdiction de la mise en décharge des déchets minéraux, et l’encouragement de la réutilisation du sable dans les marchés publics.

Car oui, il existe bien des alternatives au sable, issues en particulier du recyclage des matériaux de construction et de démolition, mais aussi des résidus miniers, relèvent les experts. Les alternatives d’origine végétale sembleraient également prometteuses, à l’instar du lin, dont les propriétés de résistance ont justement été choisies pour remplacer le béton dans la construction d’un nouveau pont près d’Amsterdam aux Pays-Bas (France Info, 23/4/2022).