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Acidification des océans : à quoi est-elle due ?

Acidification des océans : à quoi est-elle due ?

Au cœur des débats autour du changement climatique depuis le début des années 2000, l’acidification des océans est un phénomène anthropique qui met notamment en péril des espèces coquillaires au sein des mers et océans.

Mangera-t-on encore des huîtres en bord de mer et des moules à la crème en 2100 ? La question est réductrice face à l’étendue de la problématique, mais elle a le mérite de permettre d’évoquer l’acidification des océans, un phénomène qui pourrait avoir à terme un impact sur la biodiversité.

« Le changement climatique est une double peine pour les océans, qui voient leur température augmenter et qui connaissent une acidification », amorce ainsi Fabrice Pernet, chercheur spécialiste de la physiologie des organismes marins à l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. L’Ifremer et le CNRS viennent de lancer « CocoriCO2 », une étude de grande ampleur sur les effets combinés du réchauffement et de l’acidification des eaux côtières sur les huîtres et les moules, en suivant plusieurs générations.

Qu’est-ce que l’acidification des océans ?

« Quand on augmente la concentration en CO2 dans l’atmosphère, le CO2 ne reste pas dans l’atmosphère, il se diffuse notamment dans l’eau, explique Fabrice Pernet. Différentes études montrent que l’océan séquestre environ 25% du CO2 atmosphérique, un autre quart étant stocké dans les forêts et les sols tandis que le reste reste dans l’atmosphère. Le CO2 agit alors comme un acide faible dans l’eau et diminue le pH de l’eau. » L’on parle alors d’acidification des océans.

Le terme « acidification » est apparu pour la première fois en 2003 dans la revue Nature, suscitant tout de suite un intérêt majeur au sein de la communauté scientifique. « Dix ans plus tard, on voyait paraître plus de 500 publications par an sur le sujet », s’enthousiasme le chercheur de l’Ifremer. En 2019, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a même consacré un rapport spécial « sur les océans et la cryosphère », dans lequel l’acidification est présentée comme un « phénomène néfaste pour certains écosystèmes marins ».

L’acidification due à l’activité humaine

« Les activités humaines sont responsables de 90 % des rejets de CO2 dans l’atmosphère », rappelle l’Ifremer, et ont entraîné une hausse de la température de 1°C depuis l’ère industrielle. Cela a eu pour conséquence une acidification observée de 0,1 unité de pH depuis 1950. « Actuellement, le pH moyen de l’eau de mer est en moyenne de 8,1. Si l’on prend en compte les projections du GIEC à l’horizon 2100, on passerait à 7,8, soit 0,3 unités de pH en moins », rapporte Fabrice Pernet, qui parle d’un « processus déjà engagé mais pas du tout irréversible ». « Il reflète exactement ce qui se passe dans l’atmosphère, avec un petit temps de réponse », affirme-t-il.

Les conséquences de l’acidification des océans

« Ce n’est pas tant l’acidité qui est un problème : quand on modifie le pH de l’eau de mer, on modifie tout l’équilibre des carbonates dans l’eau de mer », décrit Fabrice Pernet. Parmi les carbonates, l’on trouve notamment le carbonate de calcium, le constituant principal des coquilles de nombreux organismes. « Tous les organismes calcifiants, dont les coquillages font partie, voient les éléments nécessaires à la construction de leur maison moins disponibles. L’allongement de leur croissance coquillaire peut avoir des conséquences indirectes sur leur survie dans le milieu, en les fragilisant », détaille le scientifique.

Certaines espèces de phytoplancton, les coraux, mais aussi les moules, les huîtres ou encore les palourdes sont concernés. « On peut s’attendre à un impact sur le recrutement, la sélection de larves qu’on va élever : il pourrait être plus variable voire moindre selon les espèces, avec une mortalité larvaire plus importante ou plus variable à cause de pH plus faibles », avance ainsi Fabrice Pernet.

Des effets plus larges sur la biodiversité

« Même si on peut très mal le mesurer actuellement, il pourra y avoir des conséquences sur les organismes associés à ces organismes calcifiants, puisqu’on constate des altérations du microbiome en milieu acidifié », ajoute-t-il.

En outre, tous les océans ne sont pas logés à la même enseigne, les pôles étant par exemple plus touchés, de même que la surface, plus touchée que les fonds. « Il y a aussi une grande inconnue concernant la zone côtière, dont le pH peut grandement varier de 7,7 à 8,2 sur une année », précise le chercheur. Néanmoins, comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, certaines espèces pourraient dans le même temps bénéficier de l’acidification des océans.